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Les bases de Laire Symrise

symrise delaire

Symrise, sur de nouvelles bases De Laire

La maison de composition Symrise lance les nouvelles bases de Laire

Nous avons eu la chance d’assister à la présentation de celles-ci par Aliénor Massenet, Parfumeur Senior Fine Fragrance  et Pascal Sillon parfumeur pour la business unit consumer fragrance 

table des matières

Introduction

Durant le dernier quart du 19e siècle, la parfumerie prend un nouveau tournant.

Avec l’apport de la chimie, elle se libère de la copie de la nature pour entrer dans l’abstraction, et devenir une véritable pratique créative et artistique. 

L’histoire des Fabriques de Laire incarne comme nulle autre cette métamorphose, notamment à travers leurs célèbres bases qui ont vu le jour grâce à l’intuition, la vision et l’inventivité de leurs fondateurs et collaborateurs successifs, et qui ont fait leur renommée. 

De nos jours encore, l’empreinte de ces bases dans l’industrie du parfum est indéniable.

Par sa volonté de maintenir vivant ce précieux patrimoine dont elle est l’heureuse détentrice, la société Symrise démontre à quel point les créations d’hier sont toujours au coeur de la parfumerie d’aujourd’hui, mais aussi de demain. Pour forger son avenir, il convient de s’approprier son passé. 

Pionnier de l’industrie des corps odorants de synthèse, Georges de Laire a fondé une société qui a permis la création de certains des plus grands classiques de la parfumerie, et dont l’héritage demeure près de 150 ans après.

Madame De Laire
Des origines en 1876 à aujourd'hui : repères et dates historiques

En collaboration avec les chimistes allemands Ferdinand Tiemann et Wilhelm Haarmann, Georges de Laire découvre comment produire de la vanilline à partir de l’acétyleugénol, obtenu grâce à l’essence de clou de girofle. Il dépose le brevet français pour la fabrication de cette molécule à l’odeur de vanille et crée sa société, en même temps qu’une usine à Paris dans le quartier de Grenelle, principalement destinée à sa production : les Fabriques de Laire sont nées. Wilhelm Haarmann participe financièrement au lancement de l’entreprise, comme Georges de Laire l’avait fait pour lui quelques années auparavant. Les deux hommes, comme leurs sociétés, resteront proches. 

1888 : Musc Baur 

La société commence l’exploitation du brevet du musc Baur, premier corps odorant de synthèse capable de remplacer le musc naturel. 

1890 : Terpinéol 

De Laire introduit en parfumerie le terpinéol. Cette molécule dérivée de la térébenthine était déjà connue, mais il en améliore la synthèse pour obtenir un produit possédant une senteur plus fine, indispensable dans la composition des notes lilas. Son prix extrêmement bas et sa stabilité lui garantissent un grand succès, particulièrement en savonnerie. 

1892  : Ionones 

Georges de Laire et Ferdinand Tiemann publient leurs travaux sur la racine d’iris, qui les mènent à la découverte de l’irone, puis de l’ionone, premier corps de synthèse permettant de reproduire le parfum de la violette. La société acquiert la propriété du brevet français pour cette molécule et s’assure ainsi un grand succès commercial : la violette est alors le parfum en vogue, et les plus grands noms de la parfumerie se fournissent en ionones chez de Laire. La même année, Georges se retire pour laisser les rênes de la société à son neveu Edgar de Laire, son collaborateur depuis 1887, après une formation de chimiste reçue dans le laboratoire de Ferdinand Tiemann 

1895 : Bases 

Marie-Thérèse de Laire, femme d’Edgar depuis 1891, commence à participer aux activités de son mari. Avec leurs senteurs inédites et leur puissance nouvelle pour l’époque, les molécules de Laire peinent parfois à trouver leur place dans la palette des parfumeurs, encore principalement naturelle. C’est Marie-Thérèse qui a l’idée de les habiller d’autres ingrédients pour faciliter leur utilisation, créant ainsi les bases de Laire. 

1900 

À l’Exposition universelle, De Laire et Cie présente 200 produits différents. 

1901 : Fabriques de Laire 

Pour accompagner le développement de l’entreprise, Edgar décide de créer une société anonyme qui prend le nom de Fabriques de produits de chimie organique de Laire, souvent abrégé en Fabriques de Laire. Wilhelm Haarmann en est membre du conseil d’administration. 

1904 : New York 

L’activité de l’entreprise se diversifie : aux côtés des parfums synthétiques, elle fabrique également du café décaféiné, des matières plastiques et des produits pharmaceutiques. Une usine est implantée à Maywood dans la banlieue de New York. Elle est essentiellement affectée à l’élabo-ration de la vanilline et des ionones pour les besoins du marché nord-américain.

1905 : Échelle industrielle 

Une nouvelle usine est construite à Calais, destinée principalement à la fabrication de camphre synthétique, développée pour la première fois en France à l’échelle industrielle. L’usine d’Issy-les-Moulineaux s’oriente alors vers les travaux de préparations fines et spéciales (parfumerie et pharmacie) et la recherche, tandis que Calais est réservé à la production de volumes plus importants. 

1938 : Edmond Roudnitska 

Le parfumeur Edmond Roudnitska rejoint de Laire comme « compositeur d’odeurs ». Ami de François de Laire, fils d’Edgar et Marie- Thérèse et directeur des services commerciaux, il crée de nombreuses bases et participe à la rédaction de notices de produits. 

1941 

À la mort d’Edgar, ses fils Jean et François reprennent la société. 

1950 : Henri et Guy Robert 

Le parfumeur Henri Robert entre chez de Laire, puis son neveu Guy Robert lui 

1953 : Relève 

La société est partagée entre deux des trois fils de François : Robert, qui reprend les activités pharmaceutiques en France, et Antoine, qui se consacre à la branche parfums aux États-Unis. 

1985  : Acquisitions 

Robert vend sa société à Florasynth, qui est reprise à son tour par Haarmann & Reimer, avec laquelle les liens historiques sont restés forts. 

1992 

La branche américaine de la société est vendue par Antoine à Takasago. 

2003 

Haarmann & Reimer-Florasynth fusionne avec Dragoco pour créer Symrise. 

2016 – 2018 – 2019 

Nouvelles bases 

Après presque dix ans de travail de composition collégial impliquant les parfumeurs Symrise, 10 nouvelles bases de Laire sont présentées à l’occasion des WPC (World Perfumery Congress) : 5 à Miami en 2016 et 5 à Nice en 2018. 

En parallèle, deux autres bases sont ajoutées à la collection, Lily Cristal DL en 2018 d’abord réservée pour l’Asie et Ambre d’Or DL en 2019 pour le Middle East, désormais disponibles pour l’ensemble 

bases de laire interview

REGARDS DE PARFUMEURS ENTRETIEN AVEC ALIENOR MASSENET ET PASCAL SILLON 

Qui, mieux que les parfumeurs, pour évoquer les bases de Laire, ces véritables pierres angulaires de la parfumerie moderne ? Les parfumeurs Alienor Massenet et Pascal Sillon ont été parmi ceux qui ont travaillé sur les nouvelles bases relancées en 2016. Ensemble ils évoquent l’utilisation de ces pré-parfums qui ont fait les grandes heures de la parfumerie moderne, depuis l’époque de leur invention jusqu’à aujourd’hui. 

Pouvez-vous nous parler de la naissance des bases de Laire ? 

Pascal Sillon Initialement, ces bases ont été créées pour aider les parfumeurs qui n’utilisaient que des produits naturels, surtout des huiles essentielles, à employer des composés synthétiques. L’objectif était de procurer un outil dont les parfumeurs comme Coty ou Guerlain pouvaient se servir facilement. Car à l’époque, s’ils avaient intégré de la vanilline pure dans une formule, cela aurait été raté ! Pendant la guerre de 1914, quand les hommes sont partis au front, Marie-Thérèse de Laire est restée au laboratoire et a travaillé sur la formulation de ces bases. Elle a par exemple créé la Mousse de Saxe pour pouvoir vendre l’isobutyl quinoléine, qui semblait inexploitable de par sa brutalité. Elle savait que les parfumeurs utilisaient massivement la mousse de chêne dans la plupart des compositions. Elle a voulu proposer une sorte d’alternative, avec le même pouvoir fixatif, qui offrirait un grand sillage, et facile d’emploi, car déjà équilibré avec des produits naturels alors en usage. 

Ce sont plus que de simples ingrédients ? 

P. S. Les bases sont déjà des parfums, avec une vraie complexité, des facettes. Un nouveau captif mis sur le marché est toujours difficile à utiliser. Le fait de commercialiser ces petits mélanges, olfactivement harmonieux, était très judicieux et constituait une aide précieuse pour les parfumeurs. Par ailleurs, Marie-Thérèse de Laire choisissait les matières premières les plus employées du moment pour que cela corresponde aux besoins des parfumeurs, avec des qualités supérieures. 

Cela a donc également permis d’ajouter de nouvelles notes à leur palette ? 

P. S. Oui, par exemple lorsque les parfumeurs avaient 2 % de mousse de chêne dans une formule, ils remplaçaient la moitié par de la Mousse de Saxe, et cela complexifiait l’accord de fond. Marie-Thérèse de Laire avait également pensé à intégrer à ces bases des naturels réalisés sur mesure et en exclusivité pour de Laire, des produits de grande qualité. 

Les bases ont-elles permis de s’éloigner des formes olfactives figuratives ? 

Alienor Massenet Oui, complètement, elles ont ouvert la voie à un nouveau champ de créativité. Toutes les notes fruitées n’existaient pas avant. L’arrivée de la synthèse a beaucoup transformé les goûts olfactifs. 

P. S. Avec elles, on bascule véritablement dans l’abstraction. 

Ces bases pouvaient contenir jusqu’à combien de matières ? 

P. S. Il n’y avait pas de limites, c’est l’ancienne parfumerie. Les bases étaient elles-mêmes composées de sous-bases, c’étaient des cocktails complexes, et parfois des tiroirs sans fin. Leur conception allait dans le sens d’une idée de protection des formules, pour éviter les copies par les concurrents. 

A. M. Les bases permettent de flouter et de complexifier la copie. Aujourd’hui, on mise plus sur les captifs ou certaines qualités de naturels. 

Et les bases étaient elles-mêmes impossibles à copier ? 

P. S. Oui, du fait de ce double verrouillage : un captif, comme l’isobutyl quinoléine, dont seul de Laire avait le brevet, et des naturels exclusifs. Les parfumeurs devaient donc continuer de se fournir chez de Laire car ils ne pouvaient copier ces bases.

Pourquoi ont-elles progressivement été délaissées au cours des dernières décennies ? 

A. M. Au début du siècle dernier, elles ont été créées pour faciliter l’emploi des molécules synthétiques et les rendre acceptables. Puis, dans les années 1920-1930, jusqu’aux années 1980, les parfumeurs les ont massivement utilisées. Il y a eu ensuite un vrai tournant dans les années 1990. Les tendances et l’écriture ont changé, les formules se sont raccourcies. Plus une formule est courte, et plus on contrôle la fragrance, sa stabilité et sa conformité aux normes toxicologiques, devenues ces dernières années de plus en plus complexes et contraignantes. Le prix des bases peut également grandement fluctuer. 

Est-il difficile de maintenir ces bases historiques au fil des réglementations ? 

P. S. Aujourd’hui, nous commercialisons encore les bases de Laire historiques pour différents clients. Elles évoluent forcément, nous devons trouver des substituts pour maintenir la qualité et la structure olfactive. 

A. M. Oui, il est difficile de les maintenir. Sur un catalogue initialement très vaste, nous n’en commercialisons plus qu’un petit nombre. Mais certaines bases ont traversé les époques grâce à leur signature intemporelle. 

Alienor Massenet 

Parfumeur sérnior Fine Frgrance, Alienor Massenet a signé des créations comme Elisabethan Rose de Penhaligon’s (2018), Crazy Me de Paco Rabanne (2019), 1881 Silver de Cerruti (2020), ou encore Couleur Vanille de L’Artissan Parfumeur (2020). 

Pascal Sillon 

Parfumeur pour la Business Unit Consumer Fragrance, Pascal Sillon a composé des parfums pour Le Petit Marseillais, Adidas, Henkel ou Ushuaïa. Il a complété son parcours par un MBA en 2010, dont le mémoire de fin d’études portait sur les bases de Laire.

 

bases historiques De Laire
Les bases de Laire historiques

Dès la fin des années 1890, Marie-Thérèse de Laire, l’épouse d’Edgar, travaille à trouver des applications olfactives aux molécules captives produites par la société pour mieux les commercialiser. Le caractère totalement inconnu et parfois très puissant de ces nouvelles notes synthétiques l’incite à fondre celles-ci dans des pré-parfums, alors plus facilement exploitables. 

Avec un sens esthétique très développé, cette pionnière de la parfumerie moderne, dépeinte comme un « phénomène de volonté pleine de délicatesse », sentait tous ses essais dilués à 1 %, après une semaine de macération, pour s’assurer de leur qualité. Créatrice avant-gardiste de l’ombre, elle a sans le savoir profondément influencé toute la parfumerie pendant plus d’un siècle. 

En 1938, le jeune Edmond Roudnitska, qui a alors 30 ans, est embauché par de Laire pour composer de nouvelles bases. Il a également pour mission de rédiger des notices, précises et rigoureuses, afin d’alimenter les brochures de la société destinées aux utilisateurs, permettant de leur indiquer tous les potentiels usages et avantages de ces pré-parfums. Ces anciens compendiums témoignent de la volonté d’accompagner les parfumeurs dans le maniement de ces composés novateurs, vantant leur capacité à élargir leur gamme de notes olfactives. Comme le rappelle Annick Menardo, maître parfumeur chez Symrise : « Les bases de Laire ont été une vraie révolution. Leurs accords mémorables ont créé de grands parfums, et je les utilise encore aujourd’hui. ». 

FLONOL 

Années 1890 

Interprétation de l’odeur du néroli, produit incontestablement plus puissant que l’essence et au caractère d’une indéniable originalité qui en a fait une des grandes bases de la parfumerie. Travaillée autour de la note de fleur d’oranger, cette base – rassemblant elle-même plusieurs autres bases – vise à remplacer l’essence de néroli, et « rend toujours les meilleurs services lorsqu’une note orangée à la fois sûre et originale est recherchée ». 

PARFUMS EMBLÉMATIQUES 

  1. Coeur de Jeannette (Houbigant, 1899) 
  2. L’Origan (Coty, 1905) 

AMBRE 83 

Années 1900 

Un ambre conventionnel offrant une très grande richesse vanillée, balsamique et épicée. La vanilline, produit phare des Fabriques de Laire, est ici centrale, entourée de muscs, de patchouli, de santal, de baumes, de résines (labdanum, benjoin et styrax) et d’une note rosée épicée. Un véritable parfum à la longue lignée. Cette base se présentait initialement sous forme solide, en raison de la présence de la vanilline et des résines, et fut ensuite proposée en version liquide. 

PARFUMS EMBLÉMATIQUES 

  1. Ambre antique (Coty, 1905) 
  2. Bois des îles (Chanel, 1926) 
  3. L’Eau d’ambre (L’Artisan parfumeur, 1993) 

BOUVARDIA 

Années 1900 

Une note qui possède un fleuri si prenant. Elle etait utilisée couramment pour donner de l’envolée aux parfums, comme on fait appel à la rose ou au jasmin naturels pour donner du fleuri. Tirant son nom d’une fleur originaire d’Amérique centrale, la Bouvardia est un bouquet floral construit autour des méthyl-ionones à l’odeur poudrée, et décrit comme évoquant la note fraîche et très montante d’une fleur de jasmin ou d’une rose. 

PARFUMS EMBLÉMATIQUES 

  1. L’Origan (Coty, 1905) 
  2. Après l’ondée (Guerlain, 1906) 

MOUSSE DE SAXE 

Années 1910 

Note forte, fauve, très spéciale et qui pourtant, grâce à son succès, est devenue classique. Plus qu’une note de mousse, c’était un véritable fond, puissant et équilibré, sur lequel ont pu se bâtir bien des parfums. Autour des molécules d’isobutyl quinoléine – à l’odeur de cuir fumé intense, et ici très présente –, d’eugénol, de vanilline, de musc, de méthyl-ionones, Marie-Thérèse de Laire tisse un habillage sophistiqué d’essences naturelles de bergamote, vétiver, ylang-ylang, santal, géranium, etc., recréant ainsi une sorte d’accord fougère complexe, évoquant la mousse naturelle des sous-bois, mais déjà empreinte d’une certaine abstraction. 

PARFUMS EMBLÉMATIQUES 

  1. Habanita (Molinard, 1921) 
  2. Nuit de Noël (Caron, 1922) 
  3. Bois des îles (Chanel, 1926) 

MIEL BLANC 

Années 1920 

Note de miel d’abeilles, cette odeur très fine convenait particulièrement pour les notes tabacées modernes. 

Cette base, qui exploite les notes miellées du phénylacétaldéhyde, est présentée comme une spécialité d’une très grande finesse qui reproduit fidèlement l’odeur très naturelle, chaude et sucrée des rayons du miel du Gâtinais. 

PARFUM EMBLÉMATIQUE 

  1. Sa chambre (Poiret, 1920)

PRUNOL 

Années 1940 

Spécialité originale d’abricot très mûr, très riche et tenace, légèrement ambrée. 

À la suite du succès de Femme de Rochas, signé Edmond Roudnitska en 1944, le coeur chypré fruité du parfum sera transformé en une nouvelle base baptisée Prunol. Elle mêle des lactones – gamma-undécalactone à l’odeur de pêche et gamma-nonalactone aux facettes de noix de coco – avec des méthyl-ionones, du cumin et du patchouli, pour évoquer une note de prune cuite et confite. 

PARFUMS EMBLÉMATIQUES 

  1. Femme (Rochas, 1944) 
  2. Jungle (Kenzo, 1996) 

COROLIANE 

Années 1950 

Revendiquée comme un constituant indispensable de tout parfum fleuri, elle promettait de remarquables combinaisons avec des notes de cuir, boisées, et des notes de mousses. Elle constituait un fixateur floral à très lente évaporation. 

Créée par le parfumeur Henri Robert avant qu’il ne devienne parfumeur maison chez Chanel, la Coroliane est décrite comme une « note florale, muguet, jasminée, rosée, puissante et tenace, qui produit l’effet frais et montant de la fleur de muguet naturelle ». 

PARFUMS EMBLÉMATIQUES 

  1. Pour Monsieur (Chanel, 1955) 
osmanthus De Laire
La nouvelle génération des bases De Laire

Pour faire vivre et renouveler un patrimoine olfactif de plus d’un siècle, Symrise a depuis quelques années constitué une collection de douze nouvelles bases. Ces créations, nées sous l’impulsion de parfumeurs maison, s’inscrivent dans l’héritage de Laire tout en inventant la parfumerie de demain. 

À l’image de l’Ambre 83, créé dans les années 1900, et encore vendu à une poignée de clients aujourd’hui, les quelques bases de Laire toujours commercialisées en ce début de millénaire ont traversé plus d’un siècle de parfumerie moderne, marquant profondément l’inconscient collectif. 

C’est en 2010, dans le cadre de son MBA spécialisé « Luxury Brand Marketing and International Management », que le parfumeur Pascal Sillon commence à travailler autour des bases de Laire chez Symrise, à travers son mémoire intitulé « De Laire – 1876 – Renaissance d’un diamant olfactif ». Le réveil de ces belles endormies, c’est à lui qu’on le doit. 

Il est persuadé qu’une « société faite de fusions et acquisitions ne peut pas pour autant tourner le dos à son patrimoine historique et olfactif, [car] ce sont ces facettes de son histoire qui la composent », et elle doit en être fière. 

Mais il ne lui faudra pas moins de six années de dur labeur pour convaincre les équipes en interne de l’intérêt de valoriser cet héritage. Nombre de parfumeurs le jugeaient « muséal » et ne percevaient pas nécessairement le bénéfice commercial d’une telle opération. Peu à peu, Pascal Sillon parvient à constituer un « cercle des bases disparues », s’interrogeant avec d’autres parfumeurs de la maison sur la meilleure manière de remettre ces trésors dans la lumière. 

C’est alors qu’ils décident d’élaborer collectivement de nouveaux pré-parfums, non pas pour le marché, mais pour eux- mêmes, parfumeurs chez Symrise : « pour nous faire plaisir et raconter de belles histoires », précise Pascal Sillon. Mais aussi « pour garantir des créations exclusives et incopiables par la concurrence », insiste 

ROUGE GROSEILLE DL 

« Cette base fruitée correspond aux tendances de la parfumerie contemporaine, notamment le marché américain. Un rendu fruité, sophistiqué, complexe, avec de l’appétence et de l’acidité, en intégrant de la groseille combinée aux accents de fruits exotiques du captif Spicatanate®. » 

Alienor Massenet 

Entouré du davana et de l’osmanthus, ce dernier se comporte dans la base comme un exhausteur d’odeurs, poussant les notes fruits rouges des baies et la facette acidulée de la rhubarbe, loin du parfum d’ail qu’il évoque lorsqu’il est senti seul. 

MIEL ESSENTIEL DL 

« Le nougat apporte un élément rassurant et addictif, proche du miel. » 

Émilie Coppermann 

Dans cette évolution contemporaine de la base Miel Blanc, les nuances de l’aldéhyde anisique et la facette noix de coco crémeuse et addictive de la Tonkalactone® sont mises en relief. 

La nouvelle base prend ainsi la forme d’un nectar doré entre nougat lacté et bouquet de fleurs blanches, enrobé d’une absolue de vanille de Madagascar et des facettes cacaotées de la Tiramisone®. 

TABAC BOURBON DL 

« Cette base a un effet “tabac Amsterdamer”, un côté fruits confits, une signature fumée et exquise. Totalement dans l’esprit de Laire. Alexandra Carlin 

Construit autour d’un dosage important d’absolue de vanille Bourbon, cet accord liquoreux conjugue la chaleur épicée et piquante de l’essence de cannelle de Madagascar, le jasmin « Coeur de saison » d’Égypte, le Tabanone Coeur, une spécialité Symrise aux facettes de feuille de tabac séchée, et la Tonkalactone®, molécule captive crémeuse et amandée. 

AMBRE 84 DL 

« L’expression d’une addiction très contemporaine qui allie plusieurs facettes de l’ambre. La couleur de l’ambre minérale avec des inflexions liquoreuses de cognac, de fruits cuits et de whisky. L’ambre sensuelle avec des notes de caramel et de vanille de Madagascar. Et l’ambre plus sombre, mystérieuse avec ce voyage entre le patchouli et le ciste. » 

Pierre-Constantin Guéros 

L’Ambre 83 avait été créée autour de la vanilline, qui était alors un captif de Laire. Or, à la question « quelle est la nouvelle vanilline du xxie siècle ? », le maître parfumeur Maurice Roucel répond sans hésiter : l’éthyl-maltol. Ce sera donc le point de départ de ce qui deviendra l’Ambre 84 DL. 

Résultat : un accord ambré gourmand, teinté de caramel et soutenu par la puissance de la molécule captive Ambrostar®. 

NOIR PRUNOL DL 

« Une manière unique de rendre les épices sensuelles et addictives. » 

Émilie Coppermann 

Il y a des bases qui font les parfums, et il y a l’inverse : c’est le succès de Femme de Rochas, signé Edmond Roudnitska en 1944, qui a fait naître le Prunol, aux facettes de prune pulpeuse dues à la gamma-undécalactone et à la gamma-nonalactone. 

Cette nouvelle version y intègre la Tiramisone®, un « booster d’addiction » aux accents chocolatés et balsamiques, pour mieux souligner les rondeurs des fruits liquoreux. 

OSMANTHUS GUILIN DL 

« Mon idée était de créer une base osmanthus de grande qualité, qui soit le plus proche possible de la fleur et sans le défaut de l’absolue, qui présente une facette un peu trop animale, cuirée. » Maurice Roucel 

L’absolue d’osmanthus, originaire de Chine, comporte des inflexions cuirées et des notes pêche-abricot. 

Cette nouvelle base se concentre sur la dimension florale de l’ingrédient, mettant en lumière ses nuances pulpeuses d’abricot et celles, poudrées, d’iris et de violette. Le captif Pearadise®, reproduisant l’odeur et la texture d’une poire juteuse et issu de ressources renouvelables, se combine au muguet croquant du Lilybelle® pour délivrer une signature chic et fruitée, aux facettes rondes et veloutées. 

CUIR VELOURS DL 

« Une base résolument moderne, un cuir blanc, enveloppant, tout en tendresse. Les notes animales ont été gommées pour laisser place à une signature velours seconde peau. » 

Émilie Coppermann 

Premiers corps artificiels à reproduire le parfum de violette, les ionones, puis les méthyl-ionones sont au coeur de l’histoire et du succès des Fabriques de Laire. C’est une méthyl-ionone particulière possédant une odeur de cuir qui constituait l’Iraldéine, base emblématique, ici réinventée. 

Le cuir, toujours présent, délaisse ses facettes animales pour se teinter de nuances florales poudrées, avec l’utilisation de Vitessence Cuir comme une seconde peau veloutée. 

POIVRE PIQUÉ DL 

« Cette base s’inspire de la finesse du point piqué de couture. C’est une fraîcheur mordante qui s’exprime par la vivacité du gingembre frais de Madagascar et l’éclat aromatique du captif Belanis®. » Pierre-Constantin Guéros 

Cette base classique remise au goût du jour est un hommage à l’artisanat de luxe et à la haute couture. 

Bâtie autour d’un poivre noir incisif et du captif Belanis®, dont les notes anisées contournent les restrictions de l’IFRA (International Fragrance Association) relatives à l’anéthol, Poivre Piqué DL constitue un bouquet épicé, aromatique et vibrant, qui conjugue fraîcheur et puissance. 

TUBÉLIANE DL 

« Nouvelle vision de la tubéreuse, tout en fraîcheur, qui se concentre sur sa profondeur et son intensité, sans la douceur florale collante et capiteuse. » 

David Apel 

Cette base diffuse une floralité pure et verte contrastée par des éléments plus sombres qui apportent une tonalité un peu épicé 

La Tubériane, une base créée dans les années 1960 pour se substituer à l’absolue de tubéreuse, est ici rafraîchie et enluminée par les nuances de muguet du Lilybelle®. Cette molécule aux facettes vertes, terreuses et aériennes contraste avec l’opulence charnelle et veloutée d’un coeur de tubéreuse d’Inde. 

LILY CRISTAL DL 

« J’aime l’équilibre entre la transparence et l’onctuosité de la note muguet qui la signe et qui se veut très généreuse tout en étant à la fois frais et cristallin. » 

Marine Ipert 

Cette modernisation de la base Coroliane a été tout spécialement conçue pour le marché asiatique, très amateur d’accords floraux purs et transparents. 

La note muguet du Lilybelle® est ici au centre de la composition, habillée d’essences de géranium et de citronnelle de Madagascar, dont la fraîcheur acidulée contraste avec la délicatesse des pétales blancs. 

AMBRE D’OR DL 

« Un coeur orienté Moyen-Orient, moins fruité et plus boisé que l’Ambre 84 DL. Un équilibre parfait entre une douceur crémeuse et riche, typique de l’ambre, et puissance racée grâce à la présence du captif Ambrostar® et d’un ajout de Boya. » 

Pierre-Constantin Guéros 

Dérivée de l’Ambre 84 DL, cette nouvelle base a été développée sur mesure pour le Moyen-Orient, une région caractérisée par la sophistication et l’opulence des compositions. 

Cette déclinaison est ainsi enrichie d’essence d’oud, de cannelle de Madagascar, de Coumarine F, ainsi que des captifs Symrise Tiramisone® et Ambrostar®. 

UN TRAVAIL COLLÉGIAL 

Les parfumeurs s’associent progressivement à cette démarche sans pour autant savoir où elle va les mener, jusqu’à ce qu’en 2015 Symrise leur laisse « carte blanche » durant toute une année, leur offrant le luxe de travailler sur cinq nouvelles bases qui intégreront leur palette au WPC (World Perfumery Congress) de Miami en 2016. Sans contraintes, c’est alors aux parfumeurs de jouer ! Parmi eux : David Apel, Nathalie Benareau, Evelyne Boulanger, Alexandra Carlin, Émilie Coppermann, Alienor Massenet, Maurice Roucel et, bien sûr, Pascal Sillon. Au rythme d’une réunion par semaine, ils se retrouvent pour créer sans aucune limitation de coût et évaluer leurs essais entre eux. « C’était un vrai échange », raconte Pascal Sillon. Ce travail collégial enthousiasme aussi considérablement les équipes. « C’était magique de redécouvrir les vieux noms, les vieilles formules du début du siècle, c’était comme mettre des enfants dans un magasin de jouets, on était comme des gamins qui lisaient des formules ! » s’amuse Émilie Coppermann. 

L’objectif est de continuer àvaloriser la beauté de l’alliance entre naturels et synthétiques, d’encourager une utilisation différente des dernières molécules découvertes par la société et de jouer la carte de l’exclusivité. Pascal Sillon sollicite ainsi Maurice Roucel en vue d’offrir une nouvelle jeunesse à l’Ambre 83. « Nous avons commencé par nous interroger sur ce qu’était la vanilline du xxie siècle », raconte Pascal Sillon, qui se rappelle la réponse sans équivoque du maître parfumeur : l’éthyl-maltol, une molécule aux intonations gourmandes de praline. Cette matière sera donc le point de départ de ce qui va devenir l’Ambre 84 DL, signant la modernité de ce pré-parfum tout en l’inscrivant dans la lignée de son prédécesseur. 

Un nouveau champ d’expérimentation 

Alienor Massenet, parfumeur sénior, explique s’être emparée avec enthousiasme de certaines de ces nouvelles bases. Inconditionnelle de l’Ambre 84 DL, elle est allée jusqu’à le doser à 10 % dans l’une de ses créations, I Am Not a Flower de Floraïku (2018). Avec Miel Essentiel DL, ce sont les nuances d’aldéhydes anisés et le côté noix de coco crémeux addictif de la Tonkalactone® qui sont mis en lumière, et c’est cette nouvelle base qui inspire à Alienor l’interprétation d’un mimosa. Le Spicatanate®, qui évoque l’ail lorsqu’il est senti seul, prend quant à lui son envol dans la base Rouge Groseille DL, agissant comme un exhausteur d’odeurs et soulignant le côté fruité des baies rouges et la facette acidulée de la rhubarbe, notamment à l’oeuvre dans So Repetto (2020). 

Désormais au nombre de douze, ces nouvelles bases, à l’instar de toutes les matières premières qui intègrent leur palette, ouvrent un champ d’expérimentation aussi inédit qu’exclusif aux parfumeurs maison. Ces derniers sont néanmoins convaincus qu’il n’existe pas de recette miracle dans leur assemblage, et que le succès de leurs créations réside avant tout dans leur aptitude à les doser avec précision 

 

osmothèque

l'osmothèque, gardienne d'un patrimoine précieux

L’Osmothèque, Conservatoire International des Parfums, conserve tous les éléments constitutifs des parfums. Elle préserve ainsi dans ses collections des bases de Laire qui entraient jadis dans la composition de nombreuses fragrances. Aujourd’hui, elle mène avec Symrise un projet conjoint pour sauvegarder ces matériaux incontournables du patrimoine olfactif. 

Fondée en 1990 par Jean Kerléo et un groupe de parfumeurs membres de la commission technique de la SFP (Société française des parfumeurs), l’Osmothèque s’est donné pour mission, au niveau international, d’enregistrer, de conserver, de documenter et de reconstituer des parfums disparus des circuits commerciaux. La préservation de ce patrimoine de l’humanité nécessite de détenir quatre éléments : les formules originales, des prototypes des parfums (dans la mesure du possible), les matières premières qui les composent, ainsi qu’un fonds documentaire les concernant. 

Parmi les matières premières, les bases occupent une place à part d’une importance primordiale. Ces mini-compositions, élaborées comme des accords cohérents, souvent destinés à habiller une molécule synthétique, constituent un coeur olfactif irremplaçable au sein d’un certain nombre de parfums célèbres de la fin du xixe siècle et de la première moitié du xxe siècle. Les conserver est donc essentiel pour le patrimoine de la parfumerie. Construites avec des ingrédients exclusifs, combinant naturels et synthétiques selon un savoir-faire exigeant, elles ont dû faire face à l’évolution des normes et aux problèmes d’approvisionnement. Il est crucial de garder la mémoire « chimique » et olfactive de ces bases disparues ou modifiées. L’Osmothèque possède dans ses collections des échantillons représentatifs des bases iconiques des Fabriques de Laire : Ambre 83, Bouvardia, Mousse de Saxe, Flonol, Miel Blanc, Cuir de Russie, Prunol, Coroliane, etc. Celles-ci sont utilisées à la fois pour les « repesées » de parfums disparus et, dans le cadre des conférences olfactive dispensés par l’Osmothèque, comme témoins des pratiques de la parfumerie d’autrefois. Aujourd’hui, un groupe constitué de parfumeurs chez Symrise se consacre à la recréation de ces bases, selon les formules originales conservées dans les archives de la société, afin de maintenir un approvisionnement pérenne. Cette plongée dans le passé permet également de retrouver l’esprit d’innovation qui a présidé à la création de ces compositions par de grandes figures de la parfumerie telles que Marie-Thérèse de Laire, Henri Robert ou Edmond Roudnitska. 

symrise De Laire
à propos de Symrise

Symrise est une maison de composition, fournisseur mondial de parfums, d’arômes, d’ingrédients actifs cosmétiques et de matières premières, ainsi que d’ingrédients fonctionnels. Ses clients comprennent des marques de parfums, de cosmétiques, d’aliments et de boissons, l’industrie pharmaceutique et les producteurs de suppléments nutritionnels et d’aliments pour animaux de compagnie. Ses ventes d’environ 3,5 milliards d’euros au cours de l’exercice 2020 font de Symrise un leader mondial sur le marché des saveurs et des parfums. Basé à Holzminden, en Allemagne, le Groupe est représenté dans plus de 90 pays en Europe, en Afrique, au Moyen-Orient, en Asie, aux États-Unis et en Amérique Latine. Symrise travaille avec ses clients pour développer de nouvelles idées et des concepts pour des produits qui font partie intégrante de la vie quotidienne. Le développement durable a toujours fait partie intégrante du modèle de l’entreprise. Depuis 2020, Symrise tient compte des conditions écologiques et sociales, tout en travaillant à une production efficace, en maintenant un portefeuille qui contribue à satisfaire les besoins fondamentaux des consommateurs. 

Remerciements : Aliénor Massenet, Catherine Dolisi, Pascal Sillon, Cédric Chamoulaud, toutes les équipes Symrise et celles de l’Osmothèque

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